C.A.R.D.I.E. Cellule académique recherche, développement, innovation, expérimentation

Un jour avec ...le collège Eugène Chevreul de l’Haÿ-les-Roses

20 / 10 / 2015

Un collège ou un jardin ? De la terre à l’assiette : les classes SEGPA mènent la danse de l’innovation au sein de leur établissement, essaiment et partagent leurs productions.

La première impression est souvent la bonne, dit-on. A Chevreul, passé les grilles, chose inattendue, on respire, on vit au grand air, on regarde pousser la nature à quelques kilomètres de Paris. Ce petit paradis n’est pas limité à un coin de jardin mais s’épanouit sur le terrain non construit, sur les pelouses, les terres au repos tout autour des bâtiments de l’établissement. Au milieu de l’une des cours, sous les fenêtres des classes, une grande serre accueille des végétaux endormis et des monceaux de terre travaillés, étudiés par les élèves qui apprennent sous la douce lumière des verrières, le maniement des outils du jardinier et le soin nécessaire à apporter à toute culture. Ici, la patience est reine et silencieuse. Les jeunes adolescents ont appris à reconnaître une terre saine et leur travail depuis trois ans ont transformé le terrain et, - c’est là, l’incroyable ! - la vie de l’établissement. Le moindre carré vert est une conquête des classes SEGPA où les heures d’atelier permettent aux élèves d’approcher l’univers d’un métier tout en continuant leur scolarité fondamentale. Lorsque le visiteur arrive dans le collège pour rejoindre ces classes, il commence par traverser un espace vert transformé en : potager, verger, jardin où séjournent quelques épouvantails en tout genre, des abris à insectes et des bancs prêts à l’accueillir. En ce début d’automne, des tomates appétissantes, des citrouilles, des fleurs de capucines cachées sous des feuillages s’offrent au regard. Des panneaux pédagogiques, construits par les élèves, esthétiques, en bois, prouvent l’attention portée à l’harmonie du jardin potager.
Où sommes-nous ? Un peu dans le jardin d’Alice aux pays des merveilles car il y règne un parfum d’enfance qui invite à la rêverie entre deux cours. Pourtant ici, on apprend, on travaille, on observe...

A qui doit-on cet esprit libre ?

Il y a certes à "Chevreul", une culture de l’innovation bien ancrée qui survit au turn-over qui frappe de manière générale les personnels de l’académie de Créteil, enseignants, personnels de direction ou autres. Les professeurs titulaires en poste depuis 3/4 ans sur ce site, constituent un noyau dur plutôt partant pour explorer toute sorte de pistes pédagogiques. Cela va des classes sans notation chiffrée, des EIST (enseignement intégré de science et de technologie en classes de 6ème et 5ème), à la création d’un espace parents, à l’expérimentation des EPI (des enseignements pratiques interdisciplinaires) qui seront mis en œuvre à la rentrée 2016 et qui font déjà partie des habitudes développées dans l’établissement. L’accompagnement pédagogique est largement entré dans les esprits dans cet établissement où la réforme du collège est plutôt attendue, selon les propos du principal.

Les classes SEGPA (une par niveau) et la classe prépa-pro du collège sont accompagnées par deux professeures au dynamisme et de la créativité rares. Le duo, composé d’une enseignante en ERE (Espace Rural et Environnement) et d’une professeure en HAS (Hygiène, Alimentation et services) travaille en binôme pour donner une cohérence aux apprentissages et à toutes les compétences visées par le socle. Toutes les deux parlent d’un travail qu’elles n’imaginent pas sans l’apport de l’autre. La responsabilité qui leur incombe de faire découvrir pour l’une, les métiers de la nature et pour l’autre, ceux de la cuisine et les métiers d’aide à la personne dans un cadre d’hygiène strict, leur ont donné l’idée de créer un potager dont les produits seraient cuisinés et servis par les élèves, dans un restaurant pédagogique avec de véritables clients. Ainsi est né le projet ; devenu réalité "Du potager à l’assiette". Un repas par mois est ainsi préparé pour le restaurant, aménagé à cet effet dans l’établissement. Le jour de notre visite, une soupe de potirons, citrouilles et courges était en train d’être préparée pendant que les élèves de l’atelier d’horticulture préparaient la terre qui allait servir à la construction d’un jardin de permaculture. Près d’une vingtaine de professeurs se sont inscrits pour la déguster. Tout est prétexte à faire apprendre à bricoler, à utiliser des machines, à penser ses gestes et enfin à travailler en équipe pour la construction d’un panneau explicatif, d’un abri à insectes, d’un poulailler ou encore d’un clapier. Bientôt poules et lapins devraient cohabiter dans le potager. Rien ne semble arrêter ce binôme de haut vol en pédagogie.

Parmi les projets prochains, à l’étude pour l’instant, un tri des déchets de la cantine pour mieux les étudier est envisagé pour faire comprendre aux adolescents la nécessité d’en diminuer la production. Les enseignants de SVT qui viennent déjà avec leurs classes observer ce qui se passe dans le potager, travailleront en équipe avec les professeures de SEGPA. Les disciplines générales des classes ordinaires croisent ainsi celle des SEGPA pour construire une école inclusive.

Le potager rayonne au-delà des murs du collège. Ce sont les petits d’une école maternelle voisine qui sont venus planter des graines au potager l’an dernier. Leur venue a permis de créer, à leur attention, des personnages avec des légumes. Les jeunes filles désireuses de s’orienter vers les métiers de la petite enfance ont pu lire des contes aux enfants et avoir ainsi un aperçu d’un métier à leur contact. D’autant qu’un CAP Petite enfance vient d’ouvrir au lycée Darius Milhaud au Kremlin-Bicêtre en septembre 2015, destiné aux élèves sortant de 3e où les élèves de SEGPA sont prioritaires par rapport aux autres candidatures.

Parfois, durant quelques semaines, des élèves des classes ordinaires de l’établissement, en difficultés passagères y sont accueillis pour voir si les modes d’apprentissage leur conviendraient mieux. Des échanges ont aussi lieu avec des élèves un peu plus âgés de la classe-relais le temps d’un cours. Un atelier d’écriture ou de philosophie va d’ailleurs être mis en place cette année. L’écriture et la pratique de l’oral ne sont pas délaissées et les professeurs adaptent leur pédagogie aux capacités de leurs élèves.
Le cours d’anglais peut se dérouler en atelier. Alors qu’il apprend à scier avec soin, l’élève apprend les mots d’anglais tout en étant en activité.

On saisit vite qu’ici on apprend l’art du jardin et du potager selon une approche écologique et du développement durable. Il suffit de regarder un cahier d’élève ou leurs productions qui vont de la construction complexe d’un poulailler à partir d’un simple visuel, à la formation de mots en bois qui serviront à la décoration. De nombreux objets sont fabriqués avec des matériaux recyclés ou récupérés. Tout le mobilier du jardin est le fait des élèves. En cuisine, "Les Petits toqués" comme ils se sont appelés apprennent à cuisiner pour les autres dans les règles de l’art et mettent de côté les graines des potirons qu’ils préparent pour en faire des semences.

Professeures et élèves ont ici la chance de s’être rencontrés. Un ancien élève, aujourd’hui en bac pro est venu témoigner de son parcours devant les élèves de 3e SEGPA, il y a peu. Contrairement aux idées reçues, être en SEGPA signifie bien souvent aujourd’hui poursuivre sur un CAP puis un baccalauréat professionnel.

Tout converge pour la réussite des élèves. Un bel aquarium dans l’une des salles classes participe à une ambiance apaisée immédiatement perceptible.

Sur le plan pédagogique, les murs des deux classes sont couverts d’encouragements, de tableaux de compétences et d’autoévaluation par les élèves.

Chacun dispose au mur d’un espace, au centre duquel est placé la photographie d’une boîte à outils ouverte autour de laquelle les compétences du socle commun sur des bandelettes sont, unes à une collées, lorsque l’élève les a acquises. Un moyen simple qui intègre l’élève et le responsabilise. Le grand mérite de ces professeures est de ne voir que la réussite de leurs élèves comme le précise le principal-adjoint en charge des SEGPA. On dépasse le cadre pur de l’atelier d’horticulture. Ces professeurs remotivent des élèves qui ne manifestaient pas toujours leur volonté de travailler. L’an dernier, l’expérience de la classe de 4e a montré que les élèves étaient prêts à s’investir pleinement et durablement dans leur scolarité. Les professeures sont parvenues à créer une ambiance de classe, à créer un véritable groupe alors que ces élèves viennent d’un peu plus loin et d’établissements et d’écoles différentes comparés aux autres élèves du collège.

Les SEGPA du collège profitent du réseau des autres classes de SEGPA des collèges environnants. Huit rotations (échanges d’élèves avec les autres collèges) vont permettre aux jeunes de découvrir d’autres plateaux techniques avec des champs professionnel nouveaux pour eux, tel que l’habitat ou la vente et la distribution. L’équipe éducative juge à cette occasion leur capacité d’autonomie et leur sérieux. Le jour de notre visite, les professeurs ont fait le chemin en transports en commun pour montrer aux élèves où et comment s’y rendre.

Ces classes mériteraient d’être mieux présentées aux parents, en prenant du temps pour en expliciter les atouts et en organisant des visites ou des expositions de travaux d’élèves. C’est le souhait formulé par l’équipe qui constate les bienfaits d’une école bienveillante et innovante sur l’épanouissement des élèves.

Ici les classes SEGPA sont au cœur d’une dynamique d’ensemble en terme de climat scolaire, d’évaluation, de motivation et de pédagogie.


En savoir plus

- Site Internet du Eugène Chevreul

- Dans la partie dédiée aux classes SEGPA sur le site du collège, vous trouverez : des informations, des animations, des productions d’élèves, le journal appelé Feuille de chou De la Terre à l’assiette

- Les sections d’enseignement général et professionnel adapté (SEGPA) sur Euscol

Mise en ligne : 16 octobre 2015
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