C.A.R.D.I.E. Cellule académique recherche, développement, innovation, expérimentation

Parcours mathématiques et transversalité : galops d’essai et présentation des travaux des étudiants

05 / 07 / 2016
Innover pour préparer les étudiants à leur soutenance : des idées à reprendre

Retour sur la demi-journée de valorisation des mémoires MEEF en mathématiques organisée par l’UPEM à l’Université de Paris-Est Créteil-Espé, le 18 mai 2016 : focus sur le dispositif ATEDEM de suivi de mémoires des étudiants en M2 Second degré.

Il s’agissait pour les étudiants de présenter leur mémoire de recherche et de se confronter aux questions d’un public choisi, invité, bienveillant avant leur date de soutenance. Le galop d’essai s’est transformé en échanges et réflexion autour des problématiques choisies et du traitement qu’en ont fait les étudiants dans leur mémoire. D’un côté, des étudiants volontaires se sont engagés à faire cet entraînement et cela leur a permis de se tester et de valider ou non leur propos de présentation de mémoire. De l’autre, des enseignants ont pu faire part de leurs critiques et se rendre compte du chemin parcouru au fil des mois et ce, avant la finalisation de l’écriture des mémoires. Une bienveillance qui n’a rien du hasard et répond à un accompagnement pédagogique avancé mené par Alain Bernard et les personnels enseignants de l’ESPÉ impliqués dans le dispositif ATEDEM de suivi de mémoire initié par le CVIP de l’ESPÉ et auquel participe la CARDIE.

Les étudiants présentent informellement leur travail par "îlots" entre lesquels le public, composés des maîtres de conférences de l’ESPÉ, de professeurs, d’étudiants en master 2 MEEF et d’un membre de la CARDIE est invité à circuler. Voilà pour le principe.

La journée a eu lieu volontairement avant la soutenance, de sorte que les mémoires ne sont pas encore finalisés à ce moment-là. Pour les étudiants, c’est l’occasion de "tester", à travers les questions posées par les différents visiteurs qui déambulent d’un îlot à l’autre, le bien-fondé de leur stratégie de présentation. Par de simples questions de curiosité, les étudiants peuvent faire progresser leurs camarades dans leur réflexion ou attirer leur attention sur un point particulier.

Les thématiques de "pédagogie inversée", de "didactique de l’algèbre et de la logique", "des élèves à besoins particuliers", "de décrochage scolaire", de "différenciation", "d’approche didactique et cognitive en collège", "d’évaluation par compétences" et celle des "Mathématiques en contexte" constituent les grands axes sur lesquels ont travaillé les étudiants de Master 2 MEEF 2nd degré. Ces sujets sont importants dans le cadre de leur discipline mais aussi dans celui de la dimension éducative du métier d’enseignants dans laquelle ils entrent de plain-pied avant même de basculer définitivement dans le métier. Ces initiatives de formation encore trop rares semblent pourtant satisfaire les étudiants et ceux qui les mettent en place.

Interview

Propos recueillis d’Alain Bernard maître de conférence

Pour quelles raisons lier parcours mathématiques et problématiques éducatives dans le cadre des mémoires de Master 2 MEEF second degré ?

Je ferai une nuance préalable : si les étudiants sont invités à valoriser les problématiques éducatives qui font actuellement la priorité des politiques de formation et de recherche (par exemple la réforme du collège cette année), ce n’est pas une obligation : il leur est loisible de choisir une thématique sur un sujet de nature disciplinaire, épistémologique ou didactique, qui n’a pas forcément de rapport direct ou structurelle avec les priorités éducatives du moment. La seule obligation est que le sujet soit en rapport avec l’activité professionnelle, et beaucoup d’étudiants se concentrent à cet égard sur ce qui passe dans leur environnement immédiat, donc dans leurs classes.

Ceci étant posé, il y a trois raisons principales à pousser les étudiants à s’intéresser néanmoins à ses priorités.

(1) La première et la principale est d’accorder la préparation des mémoires au principe du continuum de formation : autrement dit, un étudiant en formation initiale devrait suivre une initiation à la recherche qui le prépare à l’entrée dans le métier, et on l’encourage donc à participer à des activités de recherche, recherche-action ou d’innovation qu’il ou elle pourra continuer dans le cadre de son entrée dans le métier. Les problématiques, par conséquent, qui font l’actualité des organismes de recherche et d’innovation, dans les universités (IREM, ESPÉ, autres universités ayant des laboratoires en éducation) ou dans le cadre des missions de recherche et d’innovation du rectorat (CARDIE, CASNAV, CAREP, etc.) sont de ce point de vue à privilégier : en s’intéressant à elles, ils augmentent tout simplement leurs chances de pouvoir poursuivre leurs premiers travaux dans le cadre de l’entrée dans le métier.

(2) La seconde est qu’on attend des futurs enseignants qu’ils inscrivent leur action dans une logique collaborative, dans du travail d’équipe. C’est une des compétences du référentiel. Or aujourd’hui, dans le cadre des EPLE, le travail en équipe s’organise, entre autres, autour de projets éducatifs répondant à la politique de l’établissement, celle de l’académie ou à des échelons encore supérieurs (échelon national ou européen). Dans le cadre de la politique numérique de formation, des professionnels de plus en plus nombreux sont invités à participer à des cours en ligne (MooC), qui comprennent des activités collaboratives au sein de communautés virtuelles. Nous devons prendre en compte tout ceci dans la formation initiale. Un moyen naturel de le faire (il en existe d’autres) est de les inviter à s’intéresser aux problématiques de ces groupes et actions collaboratives qui sont au cœur de l’éducation contemporaine.

(3) Enfin tout simplement, le parcours mathématiques a une tradition, qui remonte à l’IUFM avant l’ESPÉ, de libre choix des sujets par les étudiants. Or quand on leur laisse le choix, ils se dirigent naturellement, pour au moins une moitié d’entre eux voire davantage, vers des problématiques transversales : élèves à besoins particuliers, éducation aux outils et pratiques numériques, décrochage scolaire, questions d’évaluation (par compétences ou autres), etc. Dans le dispositif ATEDEM, nous ne faisons qu’encourager ce mouvement naturel en invitant les étudiants, au cours du 1er semestre, à bâtir un projet de mémoire appuyé sur l’existant, sur ce qui les entoure

Quelles sont les retombées professionnelles que vous en attendez pour les stagiaires ?

La réponse est en partie contenue dans le premier point ci-dessus : le mémoire est conçu comme une "première marche" vers une prolongation l’’année ou les années suivantes. Je donne quelques exemples :

- Deux stagiaires ont fait leurs mémoires sur des élèves à besoins particuliers, allophones dans un cas, déficients visuels de l’autre. Les deux envisagent une poursuite d’étude et de formation, pour aller vers une certification à l’avenir, l’une pour le FLS, l’autre pour l’ASH.

Plusieurs stagiaires ont inscrit leur thématique en histoire et épistémologie des sciences, qui est mon domaine de recherche. L’une d’entre elles s’est appuyée pour cela sur un groupe IREM que j’ai fondé l’an dernier. C’ est aussi une bonne candidate pour une thèse en histoire des mathématiques, en lien avec l’enseignement, sur le thème des mathématiques arabes médiévales. Je compte la mettre en contact avec des chercheurs pertinents, et j’espère la revoir à l’IREM.

Une autre de ses étudiants compte poursuivre par des études de psychologie cognitive qui ont un rapport avec son sujet de mémoire, sur l’investissement émotionnel des étudiants sur le matériel historique qu’elle a utilisé pour son enseignement.

- Sur le thème "mathématiques et citoyenneté", un étudiant a construit un mémoire ou, entre autre, il expérimente des activités de l’ex-groupe IREM "mathématiques et citoyenneté". Or cette même brochure fait l’objet d’un projet de recherche que je viens de déposer sur le budget de la mission recherche de l’ESPÉ. J’ai demandé un budget pour faire venir l’an prochain l’étudiant, pour qu’il réalise l’intérêt que son étude peut avoir pour les collègues qui seront invités à participer au projet.

Un autre étudiant a fait son mémoire avec une didacticienne de l’ESPÉ, et compte à terme poursuivre en master de didactique des mathématiques.

INTERVIEW VIDEO D’ALAIN BERNARD
(questions différentes)



Pour en savoir plus

- Retrouvez notre article consacré au même sujet l’an dernier Formation étudiante : la journée de valorisation du dispositif ATEDEM soutenu par la CARDIE, 23 juin 2015

- Prezi de présentation d’Alain Bernard sur la demie-journée valorisation de l’année 2015

- Informations pratiques :

PDF - 276.8 ko

- CARDIE : Cellule académique recherche-développement innovation et expérimentation
- MEEF : métiers de l’éducation, de l’enseignement et de la formation
- CASNAV : Centre académique pour la scolarisation des enfants allophones
- ATEDEM : Approches transversales, épistémologiques et didactiques de l’enseignement des mathématiques
- UPEM : Université Paris-Est -Marne-la-Vallée
- IREM : Instituts de recherche sur l’enseignement des mathématiques
- ESPÉ : Ecole supérieur du professorat et de l’Éducation
- FLS : Français langue Seconde
- ASH : Adaptation scolaire et scolarisation des élèves handicapés
- CAREP : Centre académique de ressources pour l’éducation prioritaire
- CVIP : Centre de valorisation de l’innovation pédagogique

Tous droits réservés – CARDIE Académie de Créteil -mai 2016