C.A.R.D.I.E. Cellule académique recherche, développement, innovation, expérimentation

Un jour avec ... L’école maternelle des Grands Pêchers de Montreuil

01 / 06 / 2016
Un reportage CARDIE

L’école maternelle des Grands Pêchers, en réseau d’éducation prioritaire à Montreuil s’est lancée en 2013 dans une expérimentation intitulée : “Je, tu, nous partageons l’école”. Trois ans après sa création, comment cette expérimentation innovante imprègne l’ensemble des pratiques enseignantes et change le climat scolaire ?

L’expérimentation « Je, tu nous partageons l’école », 3 ans après sa création est devenue une réalité quotidienne pour les élèves, les enseignantes et les parents. Elle est adoptée chaque année malgré le turn over d’une partie de l’équipe. Elle irrigue, à la fois les pratiques enseignantes et le climat scolaire d’une ambiance apaisée.
L’originalité du projet réside dans la mise en place de classes d’âge mélangées au niveau de toute l’école : petites, moyennes et grandes sections se côtoient au sein d’une même classe. Les 4 classes de l’établissement sont donc toutes de structure multiâge.

Ce dispositif commun à toutes les classes répond aux besoins des élèves en s’inspirant de la pédagogie Montessori.

L’équipe éducative a trouvé des solutions pour accompagner chaque enfant dans un groupe classe hétérogène selon le principe « aide-moi à apprendre seul ». On ne fait pas à la place de l’enfant.
Tout est mis en œuvre pour instaurer de la sécurité affective chez les petits élèves, pour renforcer l’estime de soi de ces enfants qui font bien souvent leur première expérience de la collectivité en poussant les portes de l’école maternelle avec leurs parents.

Le projet consiste à apprendre à ces enfants de 3 à 5 ans à décoder la culture scolaire et à la partager.
Au fil des jours, ils apprennent leur métier d’élève en adoptant une posture d’apprenant en en prenant conscience. Les plus grands viennent en aide aux plus jeunes lors d’accomplissement d’activités librement choisies par eux. Un mot, une phrase suffisent entre pairs à faire comprendre. Le développement du langage verbal en maternelle est un objectif premier. On apprend à aider les autres avec des mots et non par des gestes et encore moins avec les mains. Il ne s’agit surtout pas de faire à la place de l’autre enfant. Cette collaboration est connue des enfants sous la formule souvent répétée « Tu aides sans les mains. »

Dans notre vidéo, on voit un petit enfant étendre un chiffon taché de rouge. un plus grand s’approche et lui fait remarquer qu’il ne va pas étendre un chiffon taché mais n’en dit pas davantage. Le plus petit ne sait pas quoi faire et finalement n’étend pas son chiffon sur le sèche-linge mais le place sur la table.

L’accueil du matin est considéré comme un geste professionnel essentiel par les enseignantes. Il est ritualisé et ouvre sur une séance d’atelier de ¾ d’heures que vous pouvez voir dans notre reportage vidéo.
De grands casiers dans la salle abritent de nombreux plateaux d’activité qui sont à portée de mains des enfants. Ils en choisissent un dont il s’empare de manière totalement autonome. Puis ils déterminent de leur propre chef un endroit où s’installer dans la classe pour explorer et accomplir les tâches et les activités qu’ils peuvent effectuer à partir des objets mis à leur disposition sur ces plateaux. Ces derniers ont fait l’objet d’une présentation par la maîtresse à chaque enfant individuellement ou collectivement. Ainsi l’élève sait ce qu’il est attendu de lui à partir du plateau qu’il choisit. L’enseignante note dans le cahier de progrès que la présentation a été faite. Elle y décrit ce que l’enfant arrive à faire. Par un système d’images ou de tampon dans le cahier, l’enfant qui n’a pas encore accès à l’écrit peut aussi se repérer dans ses propres apprentissages. Les cahiers de progrès ont été mis en place l’an dernier dans ce but en complément de la méthode Montessori. Ils sont eux aussi à portée de main des enfants. Dans la vidéo, on voit un enfant utiliser son cahier de progrès avant de se lancer dans son plateau d’activité. Là encore, la familiarité avec un cahier avant même la maîtrise de l’écriture est un précieux atout pour les apprentissages futurs.

Chaque casier contient un plateau et un petit tapis que l’enfant utilise pour le poser à l’endroit où il s’installera. Après utilisation, il nettoiera les objets si besoin, pliera son tapis et ira de lui-même ranger le tout dans le casier correspondant.
Il existe différents types de plateaux : sensoriels, d’écriture, de bricolage, de vie pratique, de numération. L’enfant qui se dirige toujours vers le même plateau est incité à en découvrir d’autres, toujours de manière bienveillante afin que le petit élève s’y aventure de manière volontaire. Ainsi certains pèlent des carottes, pressent des jus de fruits, ficellent des sacs, s’adonnent à des jeux de transvasement de liquide, doivent saisir des objets en utilisant des pincettes, le tout dans une pleine concentration sans savoir qu’ils musclent là leurs petits doigts. Cette adresse manuelle leur sera utile pour bien tenir un crayon au moment de l’apprentissage de l’écriture. Des gestes fluides mettent en confiance et permettent à l’enfant de gagner en autonomie.

Des plateaux dédiés à la numération, un ordinateur, une planche lumineuse, des cartons aimantés portant le nom des élèves, des livres, des jeux éducatifs sont à libre disposition.

La maîtresse et les assistantes (ATSEM) sont à l’écoute des enfants en permanence. Elles guident et accompagnent dans des rôles différents l’enfant à progresser dans ses apprentissages.

Il y a plus de plateaux que d’élèves pour permettre un choix qui ne soit pas restreint.
Les enfants connaissent les différents plateaux. Ils leur sont présentés préalablement en séance-réunion. Un enfant ne choisit de plateaux qu’en fonction de ceux qu’on lui a présenté préalablement.

Toutes les classes sont organisées en plusieurs espaces distincts comme c’est en général le cas en école maternelle : le coin ménage, le coin soins du bébé, le coin numération.
Chaque activité est l’occasion de travailler le langage, le vocabulaire, la diction dans une attitude bienveillante et encourageante.
Après les ateliers exploratoires, les plateaux rangés, les enfants verbalisent et conceptualisent leur action avec la maîtresse. il s’agit d’un moment fondamental aux yeux des enseignantes. Le vocabulaire est repris, les phrases dites et corrigées. La maîtresse prend un plateau et fait les gestes qui correspondent aux activités de la matinée pendant que les enfants regardent et décrivent oralement les gestes et l’activité. C’est alors qu’un nouveau plateau peut leur être présenté. C’est pendant ce temps dit de réunion que le bilan du moment des plateaux est fait : un moment clef durant lequel nos caméras se sont retirées.

A l’école maternelle des Grands Pêchers, l’une des maîtresses a pour fonction principale de prendre en charge les plus jeunes enfants en petits groupes pour certaines activités. Elle va d’une classe à l’autre, regroupe des élèves de différentes classes ou non. La mise en oeuvre de la structure multiâge est compensée par moments par cette attention particulière. Parfois, un autre adulte, une psychologue, peut venir en observation pour étudier en classe de visu le comportement d’un enfant tout en étant physiquement un peu éloigné de lui.

Partager l’école dans le projet "Je tu nous partageons l’école" c’est aussi coopérer avec les parents. L’école, enclavée dans une petite cité, invite non seulement les parents dans l’école mais dans les classes, un lundi sur deux. Une circulation libre des élèves est possible grâce à un système d’inscription de l’enfant, l’obligeant à penser son projet d’activité. L’école est alors organisée de façon thématique. Chaque classe accueille un type de jeux : jeux de construction, grands jeux de bois, jeux de société, bricolage. Depuis 4 ans, presque chaque semaine, les enseignantes donnent à voir aux familles le jeu comme vecteur d’apprentissage. Un enjeu et un défi qu’elles relèvent avec succès. Elles cherchent à montrer l’importance du jeu dans le développement cognitif de l’enfant. C’est loin d’être évident pour certaines familles car il ne s’agit pas forcément d’habitude culturelle. En effet, par méconnaissance ou peur de l’échec, de nombreux parents demandent aux enseignantes de faire moins jouer les enfants pour les faire travailler et apprendre davantage. Ainsi les parents apprennent à jouer. L’habitude de jouer avec leurs enfants s’installe ainsi dans les habitudes familiales car certains parents peuvent être très éloignés de la culture du jeu et de l’intérêt d’un univers ludique pour les enfants. Les parents apprennent ainsi à jouer avec leurs enfants mais aussi avec d’autres.

Les parents participent à des activités de cuisine, de sport, de chant, un moment que nous n’avons pas filmé dans le film video que nous vous invitons à regarder (voir ci-dessous). Les ateliers sont construits en partenariat avec les associations du territoire pour ouvrir également l’école sur le quartier. L’équipe éducative travaille avec le centre social qui a ouvert il y a deux ans, avec le Centre sportif Arthur H, avec la régie de quartier, l’instrumentarium de Montreuil et l’association Solinka qui anime un café des parents dans l’école où les parents viennent le mercredi pour l’instant. Le projet est d’ouvrir davantage l’école car il semblerait plus facile aux familles de se rendre à l’école plutôt qu’au centre social selon le constat des maîtresses. Les parents sont soucieux de la réussite de leurs enfants et achètent des cahiers de vacances qui vont à l’encontre des méthodes de l’équipe. Le dialogue permet de rassurer et d’expliciter les attendus.

Le temps passé, côté enseignant, n’est pas compté. L’équipe espère partager avec les collègues des écoles élémentaires cette expérience tant les progrès des enfants ont été manifestes et la relation avec les familles apaisée. Depuis 3 ans, le temps de concertation manquait entre les équipes pour faire aboutir ce partage professionnel. Le passage de l’école en REP + dégage ce temps de concertation manquant. Les maîtresses espèrent maintenant faire part de leur expérience professionnel et la voir prolongée.

Par ailleurs, l’équipe s’est lancée pour toutes ses classes dans un projet classe à PAC (projet artistique et culturel) et nous permis de filmer un temps de préparation dans une classe où les enfants apprennent à se servir de leur souffle et de plusieurs instruments pour faire avancer des balles de ping-pong au sol. Ils sont placés dans une situation de recherche sur le souffle. Le projet "Danser, tracer avec mon corps auteur" consiste à mettre en scène l’espace, à utiliser son corps pour prolonger le mouvement. Nous avons pu filmer une séance découverte de ce projet dans une classe et dans le préau le jour de notre visite. Les courtes mises en scène qui sont proposées aux élèves permettent de faire de nombreux liens avec les apprentissages menés en classe préalablement. L’enseignante fait réinvestir aux enfants le vocabulaire appris pour décrire l’activité artistique par un jeu de questions et d’observation. Les enfants prennent la parole. La situation de recherche sur le souffle faite en classe plusieurs jours avant est réinvestie, elle aussi, par les enfants grâce à l’utilisation d’outils déjà expérimentés mais cette fois à des fins artistiques (dessiner en soufflant dans une paille, faire avancer une balle de ping-pong avec un éventail, un sèche-cheveux ou un ventilateur en classe ; faire déplacer des confettis).
C’est aussi un moment où les enfants créent ensemble, des moments très rares dans la scolarité d’un élève. Les contraintes de mises en scène leur permettent d’éprouver leur créativité par des consignes ouvertes et de faire aussi l’apprentissage de la maîtrise de soi, en l’occurrence celle de la patience et de la frustration lorsqu’on leur a présenté une bassine pleine de confettis avec lesquels ils ont répondu à de nouvelles consignes : remplir de confettis la surface des cercles dessinés au sol sans dépasser leur limite. Puis inversement, chasser de ces surfaces les confettis à l’aide d’outils : paille, cartons, éventails. Enfin, la maîtresse leur a demandé de laisser une trace avec leur corps sur la surface d’un grand cercle qu’ils avaient soigneusement recouverte d’une surface de confettis blancs. Ce fut le moyen d’inventer comment traverser ce grand cercle, en traçant un trace avec 1 pied, avec ses 2 pieds et ses 2 mains en même temps, en rampant au sol. Chaque fois, les enfants ont trouvé d’eux-mêmes une solution et chaque fois, le groupe a utilisé un vocabulaire acquis lors de séances d’apprentissages préalables, parfois plusieurs semaines auparavant.

C’est suite à un climat scolaire détérioré en 2012 que les maîtresses de l’école maternelle des Grands Pêchers se sont lancées dans ces divers projets : que de chemin parcouru ! Souhaitons que le projet "Je tu nous partageons" l’école essaime dans son réseau REP + et ailleurs et que l’équipe ne cesse de se lancer dans de nouveaux projets.

Tous droits réservés – CARDIE Académie de Créteil - mai 2016

 
Dernière mise à jour :
12 / 01 / 2017
Directeur de publication :
Catherine Ferrier