C.A.R.D.I.E. Cellule académique recherche, développement, innovation, expérimentation

Donner le goût de l’écriture

05 / 05 / 2017

Comment donner aux élèves l’envie d’écrire ? Combien de fois cette question a occupé l’esprit des professeurs de français ? Entre la gestion des fautes d’orthographe, l’inspiration, la prise en compte des consignes, des différents genres littéraires, faire une rédaction est un exercice bien plus complexe qu’il n’y paraît. C’est pourtant à ce problème que se heurtent les professeurs de français, à qui incombe la lourde de tâche d’enseigner l’apprentissage de l’écriture, élément essentiel à la scolarité des élèves. Malgré la centralité accordée aux compétences rédactionnelles, et ce dans toutes les disciplines, les élèves n’ont pas nécessairement, au terme du collège, les acquis nécessaires à la réussite du brevet. Ce n’est pas la qualité des enseignements qui est ici remise en cause, bien au contraire, mais plutôt la manière d’amener les élèves à l’acte de la rédaction.

Un projet pour solutionner une situation-problème récurrente.
De ce postulat, est né un projet d’écriture inscrit dans la continuité des exercices de style de Raymond Queneau. Les règles y sont très simples : en début d’année la classe doit créer collectivement une histoire somme toute banale, nommée l’histoire sans sauce. Ce texte évolue au fil des séquences, des genres et des registres littéraires abordés, créant de ce fait à chaque fois une nouvelle sauce, telle que la sauce poésie, fable, conte et bien d’autres. Chaque travail d’écriture donne lieu à un concours : la sauce du mois. Une moyenne de cinq élève est sélectionnée donnant suite une lecture anonyme des travaux des candidats en lice. La classe vote ensuite pour son candidat préféré, les trois finalistes sont mis l’honneur via le podium des chefs affiché dans la classe et le grand gagnant a le privilège de voir son travail publié sur le blog du collège, conçu à cet effet. L’objectif principal de ce projet est principalement de redonner le goût de l’écriture, tout en estompant un maximum les difficultés et les confusions que les élèves sont amenés à rencontrer.

Une nouvelle dynamique de travail
L’écriture n’est désormais plus une activité ponctuelle mais elle fait partie intégrante du quotidien. La préparation de la nouvelle sauce ne se fait pas uniquement lors d’une séance, c’est la séquence entière qui prépare les bases nécessaires à son élaboration. Ainsi, une séquence n’est autre qu’une accumulation d’éléments fondamentaux à la création de la sauce qui, arrivés à ébullition, offrent des facilités à l’élève afin de mieux appréhender l’acte d’écriture. Le travail du brouillon est davantage placé au centre des attentions étant donné qu’il se fait en classe sous la surveillance du professeur qui laisse aux élèves de plus en plus d’autonomie au fil de l’année. Lors de chaque séance préparatoire à la conception de la sauce, l’histoire de base est projetée au tableau et c’est la classe elle-même qui détermine collectivement quels sont les éléments à conserver, ajouter et à modifier pour aboutir à l’objectif final. Chaque élève dispose alors de la recette qu’il n’aura qu’à mettre en pratique pour concocter sa propre sauce.
L’évaluation du travail de rédaction reste, quant à elle, totalement inchangée à ce détail près que le barème est automatiquement induit pas les exigences collectées lors de la séance de préparation du brouillon. Il est tout à fait possible de donner d’autres notes en fonction du degré d’investissement des élèves lors de la séance d’élaboration du brouillon ou lors d’activités parallèles qui peuvent être menés en marge. La note n’est pas forcément la donnée la plus révélatrice de l’utilité du projet -bien qu’il soit bon de noter que les copies hors-sujet soient plus rares- c’est en réalité l’autonomie croissante des élèves qui est la plus significative. En effet, étant donné que le professeur n’est plus celui qui mène les élèves vers la tâche finale, mais uniquement celui qui encadre, les élèves font davantage l’expérience personnelle et autonome de l’acte de l’écriture. L’année précédente, force était de constater que les élèves avaient de plus en plus développé le goût de l’écriture, à un tel point qu’ils en venaient à réclamer le moment où ils pourraient à nouveau jouer leur rôle d’apprentis chefs écrivains.

Un projet et des avantages.

Un projet peut en cacher d’autres.
Au-delà de l’autonomie croissante gagnée par les élèves l’histoire à toutes les sauces ouvre également la voie à d’autres petits projets ponctuels. En effet, après la nomination des gagnants les élèves ont pu découvrir le monde du journalisme par l’intermédiaire de petits ateliers d’écriture d’articles de presse portants sur le gagnants et les deux finalistes. Cette année le projet a poussé encore plus loin les frontières, en proposant un petit reportage filmé. Les élèves volontaires ont pu déposer leur candidature au poste de journaliste en soumettant leur lettre de motivation, après avoir été rapidement initiés à son contenu et à sa mise en page. Les candidats retenus ont été conviés à un entretien individuel afin de déterminer qui obtiendrait le poste. Ainsi, malgré leur jeune âge les élèves ont pu découvrir une partie des exigences liées à la recherche d’un emploi, permettant ainsi de leur donner de premiers bons réflexes à conserver pour les classes supérieures.

Le numérique, incontournable élément du projet.

L’histoire à toutes les sauces légitimiste davantage l’utilisation du numérique, notamment par l’intermédiaire du blog. Le blog du collège valorise fortement le travail des élèves, qui se sentent alors mis en confiance. Un lien est également établi avec les parents, qui ont la possibilité de voir les travaux menés en classe et de les commenter, ces derniers sont donc plongés dans le « quotidien scolaire » de leurs enfants. La liaison avec le numérique donne donc une nouvelle dynamique au projet et prouve par la même occasion que l’enseignement du français et les nouvelles technologies ne sont pas deux données incompatibles. En clair, le projet n’aurait pas eu la même saveur s’il n’avait pas été étroitement lié au numérique.

Une brèche ouverte aux EPI

Le projet peut également être aisément transformé en EPI pour la rentrée 2016, notamment par le grand lien qu’il établit avec le numérique afin d’être lié à la technologie. En effet, on peut très bien imaginer que les élèves mettent à profit leur savoir afin de créer eux-mêmes les articles du blog ou encore faire eux-même les montages vidéo et audio. De la même manière, il serait tout à fait envisageable de lier l’art plastique au projet, en inventant une toute nouvelle sauce telle que la sauce bande dessinée. La porte reste donc ouverte à un large choix de disciplines pouvant êtres liées à l’éventuelle mise en place d’un EPI.

L’attente du recul
Le goût de l’écriture n’est pas inné pour tous nos élèves, mais il semblerait qu’établir un projet annuel puisse un tant soit peu pallier à cette difficulté pourtant récurrente dans notre discipline. Le succès obtenu par le blog, qui compte parfois près de 550 vues pour un seul article, démontre que l’engouement des élèves et de leurs parents est réel. Le projet ne serait donc pas le même sans la petite touche de sel qu’apporte le numérique. Mettre nos élèves en appétit, en demande d’écriture, voilà sans nul doute une sensation d’extrême satisfaction tant pour les élèves que pour le professeur. A présent, il ne reste plus qu’à prendre le recul nécessaire afin de voir si cette motivation ne retombera pas comme un soufflé au fil des années.

(lien du blog : http://collegelaboetie77.fr/category/blog-charlene/ )

Vu sur le blog :

PDF - 2.1 Mo

Présentation du projet :

Des histoires, avec ou sans sauce :

Préparation collective de la prochaine sauce :

Tous droits réservés - Cardie Créteil - 5 mai 2017